Du charme désuet de tenir un blog

Nous sommes le dimanche seize octobre : je suis assise dans la pénombre de mon appartement mal orienté et j’écoute Mildfred Bailey en me demandant quelle est la bonne façon d’ouvrir un blog. Bien sûr, ouvrir un site internet qui présente en outre la caractéristique tutélaire et égocentrée de porter mon nom nécessite de réfléchir aux fondements du projet et à ce que, par-là, je souhaite écrire et apporter.

Milfred Barney, « The Rockin’ Chair Lady (1931-1950) « 
It’s So Peaceful in The Country

Quand j’étais petite ou, pour mieux dire, dès l’instant où j’ai pu avoir accès à l’ordinateur familial, j’ai commencé à lire des blogs. La plupart d’entre eux étaient des blogs d’illustration, majoritairement tenus par des femmes, dont j’appréciais le trait, la douceur, les qualités de narration et la violence parfois. Il ne me semble pas impossible que j’aie dû, à l’époque, moi aussi tenter de tenir un site en persistant à croire que les petits gribouillis tristounets et bourrés d’hormones que je faisais auraient peut-être du sens pour quelqu’un ; mais bien sûr, je n’étais qu’une enfant, qui en outre avait ce vilain défaut de n’être ni très batailleuse ni très régulière ; et si, donc, blog il y a eu un jour, celui-ci a dû disparaître dans les limbes d’internet comme le bon sens le dictait. J’ai conservé, toutefois, cette affection nostalgique et particulière pour les blogs et les chroniques, cet autre forme d’expression aux croisements de l’écriture et de la pensée. Je trouve aux blogs quelque chose de discret et de touchant.

Quand j’ai expliqué à mon père que je me cassais la tête avec l’interface de WordPress pour ouvrir un site, il a écarquillé ses yeux imaginaires (nous étions alors au téléphone) et m’a fait remarquer que le média était tombé en désuétude, et qu’il n’y avait plus grand monde qui en lisait. Pointant cela du doigt, il mettait l’accent sur ce qui, justement, me plaisait : l’idée de pouvoir écrire quelque part, et que ce quelque part n’appartienne ni à l’intimité cadenassée de mes journaux intimes ni à la publicisation excessive des manuscrits et des articles universitaires, pour une audience peut-être faible, inconsistante et fantomatique, mais qui aura choisi de me lire et qui, j’espère, y trouvera quelque chose pour elle/lui.

Je dis souvent que j’aime tellement les mots que c’est la seule chose qu’il me reste mais, tout dramatisme mis à part, le fait est au moins qu’il y a peu d’activités au monde qui ne m’aide autant qu’écrire. Alors j’ai beaucoup écrit : de la poésie, des nouvelles, des dizaines de journaux intimes, des articles universitaires et même des romans. Mais les codes stylistiques du blog, je ne les maîtrise pas et je ne peux donc rien promettre à propos de mon adéquation au média, ni à propos de ma régularité. Je me réjouis pourtant de trouver ici peut-être un nouvel espace où m’exprimer à propos de toutes ces petites choses de la vie qui me touchent suffisamment que pour croire qu’il sera utile de les partager.

Bonne lecture et à bientôt,

Alice.

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